LE MILLEFEUILLE DU SCANDALE

Ce gâteau devrait figurer sur le site web de tous les cabinets d’avocats. 

ET à l’étage de la crème devraient figurer tous les noms de la crème de la crème. Je vais aujourd’hui en dessiner un avec emprisonnés entre les couches de pâte les noms de plusieurs dignitaires du scandale.

Il y en a un que j’appelle essuie-tout, un avocat qui porte le nom (curieusement ou est-ce le vrai je me le demande toujours…) d’un tortionnaire.
Z.I. appartient d’ailleurs à un cabinet d’étouffeurs de troubles tout à fait unique !

Leurs visages sont déjà des miroirs de leur âme et leurs sourires entendus montrent clairement qu’ils ont adopté toutes les tares du monde du stalking qui permet de dissimuler bien des crimes.

Dans ce cabinet, l’Asie s’est alliée à l’Europe de l’Est car surtout en ces temps de mind control on sait que la corruption s’exerce au sein des plus hautes instances et que tout fonctionne par elle et pour elle. Ils ont donc regroupé des figures de la débrouille et on fait appel à eux pour affaiblir évidemment le plus petit.

Ce scandale qui me touche ne peut être couvert que par des crapules, des personnes qui n’ont aucun respect pour la vie humaine et pour l’intelligence, et qui eux-mêmes couvrent des crimes bien plus ahurissants. En l’occurrence des crimes de guerre.

Ce millefeuille, dans le cas de ma vie, a plusieurs étages de pâte et plusieurs étages de crème. Malheureusement, au cœur de ces étages, il y a mon corps malmené plusieurs fois. Je suis bien victime de plusieurs crimes de guerre.

Les archétypes de l’horreur

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CE SONT CES DECHETS QUE LON MET A PARIS

Karembeu et sa mongole

 

Si il y a bien une femme qui est à vomir c’est elle : vous remarquerez qu’elle relève toujours la tête pour que sa tête paraisse plus allongée. Sinon ce serait une tête jivaro.
C’est pour cette raison qu’elle allait si bien avec l’homme le plus bête de toute la terre : Karembeu qui a lui aussi une tête réduite.

 

Personne d’autre ne voulait de cette femme.

 

Contre exemple pour les femmes – faire un enfant à plus de 50 ans n’a jamais été une prouesse – elle trimballe sa mongole sur les magazines les plus débiles avec sa tête de faux Ohanian.
Peut-être voulait-elle ressembler à Kardashian mais c’est raté.

 

Elle fricote avec la santé au rabais (les Tostivint ont en effet essaimé dans tous les domaines) et avec le football bien sûr.

 

Rien ne la dérange du moment que ça rapporte.Unknown copie 17Isabelle_Tostivint_-_Adriana_et_Michel_Cymes-1024x1011

Cette famille TOSTIVINT représente l’horreur pure :

avec ses yeux bleus de porc et son cul bas cette femme est la puanteur incarnée/

L’archétype de l’harceleuse

J’AURAIS PU FAIRE AUTRE CHOSE DE L’UNIVERS

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Une humanité qui comprend, qui lève les yeux au ciel, qui réalise combien elle est ridicule et bête face à cet Univers. Qui relativise… Qu’est-ce qui est le plus important si ce n’est la RELATIVITE ? Einstein… On en revient toujours aux mêmes et aux mêmes génies !

Une humanité qui relativise et qui comprend qu’il faut briser les chaînes de tous ordres sinon ce serait la mort assurée pour tous.

Qu’est-ce qui serait une image magnifique, tous les humains, enfin les terriens, levant les yeux vers le ciel, pas vers le Très Haut ou un dieu quelconque, juste vers le ciel et conscients se disant : «Que puis-je faire ou qu’ai-je fait pour éviter cela ?»

Tous les discours écologistes sont impuissants/Tous les discours fascistes le sont aussi/Tous les discours savants aussi.

Il n’y a qu’une vérité : nous ne sommes que de la matière, et c’est cette matière que nous devons étudier et respecter. Savoir la regarder en face et pour de bon.

Pour qu’il y ait un TOUJOURS.
ET c’est maintenant que nous touchons ce point du non-toujours.
OU alors apprenons et exigeons que tous regardent (et c’est Villon encore…, rien n’est nouveau).

Alors apprenons et exigeons que tous regardent. ET cela c’est François Villon, déjà et encore.

Felix Guattari et Malcolm X

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Qu’ont-ils de commun ?

L’un a voulu révolutionné la condition des Noirs, l’autre la condition des aliénés.
Mais l’un et l’autre ont été purement et simplement assassinés et pourquoi ?
Parce que entre temps les nazis réfugiés aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale avaient décidé de rester dans le programme, je ne dis pas de LA Solution finale, mais d’une Solution désagréable et pour les Noirs et pour les personnes qui avaient des maladies mentales une image idéalisée.

 

Tous les deux sacrifiés.

Et leur immense et enfantin sourire nous dit quoi ?

 

Qu’ils étaient bien sur la bonne piste du bonheur mais que en face d’eux il y avait certains rouleaux compresseurs.

 

Ce sont les flammes de la magnifique forêt amazonienne qui les venge.

Les flammes d’une ignoble corruption.

 

Leur sourire, c’était la dernière lueur d’un autre monde.

Sarah-Eleonore L’ENTRE-DEUX

l'amour

 

 

Ce jour-là, dévorée par trop de moi-même, miroirs et objets encombrants partout, photos, appartement glacé, décembre finissant, période horrible de ces fins d’année, j’avais accepté une invitation pour un spectacle. Le garçon de l’entrée, je ne sais pourquoi, m’avait offert d’y venir. Garçon que j’avais vaguement envie de revoir en dehors de ce lieu, peut-être, sans doute avais-je accepté pour cette raison. Il ne me plaisait pas vraiment, mais les journées de solitude qui s’étendaient à ce moment-là m’auraient fait parfois entourer de légende même les visages les plus fades.

Je me suis faufilée devant la scène, juste pour être assourdie de musique, pour mieux sortir de moi. Ce jour-là, j’avais mis mon ensemble en cuir et le gros blouson que tu avais laissé et que j’adore. Je ressemblais à une partie de moi-même, je n’avais pas voulu jouer pourtant ce jour-là, j’avais seulement comme je l’ai dit voulu sortir un peu de moi-même, en sortant seule et non plus seulement en attendant un homme. Ce jour-là j’ai croisé une très belle bête.

 

 

 

En sortant, j’ai aperçu un taxi qui filait. C’était facile il n’y avait qu’à dire «60 rue des Bergers» pour encore voir défiler les quais, chercher le miroir dans mon sac pour m’y regarder mille ou dix mille ou cent mille fois, même si ce n’était qu’une, une seule fois pour rendre à la nuit ce que ce sale jour m’avait pris. C’était souvent la nuit que je partais là-bas, fugace aperçu de Paris, l’heure au coin où la prostituée tapinait il y a encore deux ans, le tournant que j’adorais. Non, prenez plutôt par cette rue-là, car j’adorais arriver à l’angle et m’étourdir de devoir attendre encore pour frapper ou pour appeler. Ivresse de ces nuits toutes pleines. Et soudain le vide que je ne peux pas supporter, maintenant le jour s’étend sur la nuit et je me damne de vouloir reproduire même en pensée les nuits pleines où je partais, vers, entre, parmi, des nuits pleines d’éclairs.

 

Pour écrire, je mets la robe noire que je mettais souvent, comme si elle avait gardé des odeurs, une sorte de parfum des nuits noires, une façon de se plier à mes cinq mille volontés comme elle se pliait aux siennes, une première manière de me souvenir en adoptant sur mon corps les mêmes pliures.

 

En sortant, j’ai aperçu un taxi qui filait ; le téléphone a sonné comme je passais  la porte. Il m’a demandé de le rappeler dans dix minutes, son téléphone était coupé. Il était onze heures trente mais je n’ai plus jamais appelé de taxi pour me rendre  «60 rue des Bergers», rue calme, XVe arrondissement,

Je ne me souviens plus du code de la porte.

 

 

En arrivant, un jour, il avait juste gardé son chapeau sur la tête, il avait seulement son peignoir, dessous il était prêt, I am ready sweetheart, c’est comme ça qu’il m’accueillait, préservatif tendu à mort sur le sexe toujours trop petits et peignoir soudain obscène. J’ai ri chapeaux dessus dessous, sale époque qui ne veut pas que je jouisse pleinement de son jeu, mais c’était drôle quand même de le voir dans son attente que je n’avais fait qu’exaspérer par mon retard. Les préservatifs étaient toujours trop petits craquaient toujours à la fin on n’en mettait plus. La passion se joue sans protections même si l’on en met de dérisoirement utiles.

 

Si un jour je jouis sans toi, si un jour j’attends sans te prévenir d’autres nuits plus pleines, d’autres nuits plus noires, ce sera que la vie m’a offert un autre miracle, d’autres prises sur l’ignoble réalité, l’ignoble réalité de leurs amours si fades, si pareilles, si semblables et si quelconques. Y a-t-il d’autres manières d’échapper à la dérisoire vraisemblance de la nuit ? Je sais bien ce que j’allais trouver en sortant je le sais des semblants de plaisir, des semblants de non-solitude, des presque rien, des facilement dits, des reprises sur la terre ferme, terre ferme.

 

Mais toi tu avais appris à me faire rire, à me faire aimer le presque rien et le trop aussi, l’insurmontable, les montagnes, les vallées lorsque tu m’emportais, j’avais trouvé en toi quelque chose que tu ne soupçonnais pas même en toi, quelque chose de bénit, quelque chose qui dépasse ce que personne je le sais n’avait jamais dépassé. Car je le sais, dans leurs amours approximatives et frileuses, ils n’ont même jamais frôlé ce que j’avais touché là.  Mon amour de toi était plus frêle que la peur de la mort, que la peur du sida, je veux dire qu’il ne dépassait pas cela, mais qu’il dépassait aussi de si haut tous les fantasmes, oui tous les fantasmes. Et même l’intelligence n’a rien à voir, je veux dire qu’elle n’est rien face à des nuits remplies d’odeurs et qui ne comptent pas dans les livres, qui comptent pour rien, qui ne sont pas comptabilisées dans la marche du temps.

 

 

Je reprends :

Je t’aime

Je persiste :

Je t’aime

 

Et je précise :

Je t’aime pour toutes les occasions perdues, je t’aime pour la reprise du printemps sur l’hiver, je t’aime pour la beauté qui soudain s’installe, je t’aime pour les chagrins des femmes que tu as aimées.

Je t’aime pour la peur qui m’envahit, le soir, quand je ne sais qui de la confiance ou de la panique cède la place à la trop grande certitude. Je t’aime pour les trajets en voiture vers Strasbourg quand je ne savais pas que j’allais te voir et que j’approchais différents êtres qui ne savaient pas qu’ils allaient mourir, ou qui le savaient en mots, je t’aimais déjà pour la présence que j’avais placée dans quelques nuits noires, pour l’indifférence des chiens, pour le trop-plein des piscines de Sète que toute une vie avait remplies, pour toutes les soirées où je ne rentrais que pour savoir si. Je t’aime pour le chagrin qui me remplit.

 

Le soir, quand j’attendais des appels qui bien sûr ne venaient jamais, je partais la nuit, vers le Winston Churchill Bar, vers le Petit Journal Montparnasse, les filles se ruaient sur toi même dans le train parce qu’elles voyaient que tu étais si membré. Un soir l’une a même pris ton numéro de téléphone ça m’avait rendue hystérique.

J’étais si accro à toi que je voulais parfois en finir. Ta peau me manquait en continu. Je voulais mourir avec dans la tête un moment précis que nous avons passé ensemble, je ne sais même pas si je suis capable de le prendre, de le fixer, ce n’est pas que le désir, c’était autre chose qui le surpassait, j’ai ressenti le même souffle lorsque je regarde la dernière scène du Train, lorsque je lis L’Expérience intérieure, lorsque j’écoute certaines musiques. L’amour traversé par la conscience de la mort. Un souffle torturant.

 

 

Attendre, c’est tenter d’exorciser les images qui me mangent. L’attendre, c’est étrangler vivre dans une mise en scène où je suis seule à mourir de mal être.

 

Il venait, s’installait et me parlait à peine. J’adorais attendre et j’attendais très fort dans ma solitude. J’avais toute la journée pour préparer ce que je voulais montrer.

Je m’excitais d’images en travaillant devant mon bureau, j’oubliais les textes, je ne vivais que dans cette attente-là, que dans cet entre-deux qui me fait être. Il aurait pu venir un autre, il avait déjà été un autre. J’aimais savoir son désir, son excitation dans sa voix à chaque appel. S’asseyait pour me prendre sur ses genoux, me détaillait et me caressait mal ou presque le cou, les yeux de ses lèvres. M’expliquait sentencieusement combien j’étais belle, combien mon sexe lui plaisait dans sa douceur et s’excitait déjà de ses mots. M’emmenait vers le canapé toujours, le canapé rouge, moi alors je pensais à Laure qui passait de longs moments paressant habillée seulement d’un collier de chien, je n’y pensais pas toujours mais parfois seulement lorsqu’il me fallait une présence me ressemblant. M’emmenait là et se plaisait à me regarder dans les yeux, cherchant gentiment l’amour. Remontait doucement ma jupe et me disait c’est beau ma chérie, ma chérie, croyant que j’avais besoin de sentiments de mots tendres. Ces mots-là me faisaient rire, de ce rire de gorge qui me ressemble trop maintenant que ton regard ne me suit plus. Me faisait mettre debout face à lui et me caressait là maintenant bien de ses  lèvres de ses doigts. Me soulevait m’emmenait et me regardait dans la glace, et j’aimais ô combien j’aimais voir mes reins cambrer dans une nouvelle attente, voir dans son regard ce qu’il voyait de moi une croupe tendue dans l’abîme de la nuit, il me prenait les cheveux et c’est ça que je voulais que j’attendais. Là, et tendue à mourir de désir et prête à évanouir toutes les peurs. Les jambes tremblant dans de longues nuits de prise et tremblant encore à l’aube de ce que je n’avais pas eu, de ce qu’il ne savait me donner.

Je n’ouvrais jamais les yeux depuis que tu étais parti, depuis que ce n’était plus ton corps, mais je m’ouvrais davantage à la désespérance, et ses mots m’écorchaient et m’ouvraient plus encore à la nuit. Et tu es toujours mouillée, me disait-il, j’adore tes seins, ta peau.

Moi je voulais simplement me perdre souvent et à tout prix, oublier tout, tout oublier pour me perdre dans la tiédeur d’une peau, voir un torse d’homme me calmait, c’était beau sa peau qui se confondait avec la noirceur de la nuit et j’adorais aussi son sexe et il ne s’agissait pas d’aimer.

 

 

De jour en jour, l’attente se faisait moins précise, moins joueuse, elle ne parvenait plus à dompter mon impatience, ma douleur. Il y avait les autres instants, dans la douleur d’un temps qui n’était pas même le présent, pas même l’ennui. Il me fallait vivre sans cesse dans cette fulgurance, dans ces éclairs, dans l’entre-deux. Je sentais que je partais, que je m’éloignais vers un rivage auquel j’appartenais depuis longtemps depuis toujours sans jamais vouloir y aborder vraiment, en en ayant trop peur. Il était si proche de moi qu’il m’effrayait. Dans de longues nuits de veille, il y a longtemps, je l’avais déjà entendu, attendu, et maintenant j’y touchais.

Je rappelais pourtant, souvent, je lui disais viens. Cette immense force de vie que j’avais encore en moi ne pouvait se résoudre que là, là dans ces instants où je n’existais plus qu’en râles, qu’en gémissements, qu’en pleurs, et je ne savais plus vivre autrement, ailleurs. J’attendais pour vivre qu’il appelle qu’il sonne et je sentais alors un rire me prendre m’enflammer. Il devait le sentir aussi comme une bête sent l’ennemi. L’étrangeté d’une femme belle et qui se perd, qui ne sait vivre que dans la perte, qui n’a pas trouvé son chemin.

 

Ces soirs-à il me prenait avec plus de plaisir encore, comme s’il sentait que je vibrais de toute  cette douleur, que j’étais plus belle et plus crue de toute cette douleur et de cette absence qui m’avait soudain rendue aveugle et seule.

 

 

Un jour j’ai bu avant de l’attendre comme on prépare son entrée en scène, comme on prévoit les dispositions du champ de bataille. Il est arrivé tranquillement, affamé d’avance d’une faim qu’on croit partagée lorsqu’on ne sait pas voir. Voir la tristesse  qui ne quitte pas jusqu’aux heures les plus creuses de la nuit. Seule à mourir d’envie de faire mal, affamée moi après une journée solitaire et sans visages que détestés pour leur tiédeur. J’ai continué à boire tandis qu’il s’installait sur le canapé rouge, regardant mes mains , ma jupe, mon cou. Alors je lui ai raconté l’histoire d’une journée, les pensées d’une journée. Il m’a écoutée et mon rire était plus grand encore sachant quelle peur soudain il avait, sachant ce qu’il découvrait de moi qu’il ne voulait voir que dans mes cris, mes râles si doux qu’il adorait. J’adore quand tu es excitée, quand tu jouis me disait-il, ces râles-là je le sais il me le disait le poursuivaient tout le jour.

 

Sur le lit, penchée nue, le froid rendant plus mordant encore la solitude de mon âme, je lui ai dit regarde, regarde ce que j’ai vu. Il y a cette femme à Sarajevo. Elle disait la vie est grande et belle, regardez moi comme je suis belle regardez moi comme j’aime être et vivre. Ce soir-là tout son quartier avait été dévasté. Et elle était si belle, et elle mourait tant de vivre. Son bâton de rouge à lèvres était posé près d’elle et j’imaginais dans ses tiroirs tous ses habits qui mourraient avec elle. Près d’elle tournaient ceux qui trouvaient là une raison d’exister. Tous la regardaient sans la sentir, sans lui faire l’amour, sans la voir aussi. Sa beauté était déjà de l’autre monde. Je repense souvent à elle. Plus tard, je me suis retrouvée devant la mer à Fond Capot, là où j’ai tant aimé vivre, là où j’ai tant aimé aimer. Je me souviens d’une aube sur la mer. Marchant seule à sa lisière, j’avais ressenti le même froid qu’en entrant dans les cathédrales, gris de la mer, gris des flots, trouée de vitrail aux nuages, rayons glacés, frémissements au corps. La mer opaque encore prête à me prendre, opaque glacé de toutes choses autour de moi. Mariée de l’Atalante perdue dans les flots qui la bercent. La mer entrait avec moi ce matin là pure très pure excessivement pure, s’enflait avec moi de toutes les lassitudes. Entrait avec moi dans l’abandon.

 

 

Tu as trop bu m’a-t-il dit tu as trop bu. Non, écoute. Porte donnant sur la mer, il y avait ses genoux à hauteur de mon cœur, les vagues en écho. Il était venu me retrouver à la grille bleue, et puis soudain le silence, un immense désir pour la solitude que nous partagions. La porte donnait sur la mer et son murmure tout près en écho. Tous les matins nous étions réveillés par la folle ; elle psalmodiait des chants liturgiques et je riais de l’entendre toujours reprendre inlassablement les mêmes airs. Le dimanche elle était belle, habillée tout de blanc, pavanait devant nous, riait de son harmonie toute neuve au monde. Elle n’a jamais su combien j’aimais l’entendre chanter, chaque jour pendant que je lavais les poissons dehors, les poissons que tu avais pêchés, tu arrivais toujours par le même angle de rocher et tu venais à l’envers petit point dans les flots et combien je t’aimais alors j’en avais la gorge nouée de le voir si frêle revenant vers moi, heureux, le bien-être.

 

Ma chérie. Cette nuit-là, il m’a prise comme pour exorciser, doucement, mais il avait les mêmes mots et mon rire s’est fait plus profond, plus creux, plus seul. Je suis partie plus loin. Nul ne pouvait plus me retenir au bord : maintenant, j’habitais l’entre-deux. Je n’habitais plus que ces moments de prise, ces moments qui m’ouvraient, qui me rendaient plus noire, plus seule de t’avoir perdu.

 

 

 

 

Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. Les images que précise l’alcool me tenaient éveillée, me transperçaient, fragments de temps qui se chevauchaient : le manège m’emmenait loin. Je frémissais de tous les mots d’amour que j’avais entendus depuis que tu avais disparu. Sur le pont de ce bateau où j’étais partie pour essayer d’exorciser autrement le vide, pour tenter de rire, comme dirait ma mère de bon cœur, rire vraiment, ailleurs que dans la dérision. Mais là aussi la mer n’était plus la même. Ton absence me prenait tout entière et je m’étais retrouvée en larmes sur le pont. Je revoyais aussi la femme que j’avais rencontrée à Fort-de-France un jour. Elle sortait d’un hôtel. Ses jambes gainées haut martelaient le trottoir. Les hommes se retournaient tous sur elle. Tous les hommes. Elle gardait les yeux rivés au sol, jamais elle ne leur accordait un regard. Je pensais, son image lui fait-elle si peur ? Elle s’est retournée soudain, la tristesse ne m’a pas quittée jusqu’au soir. La nuit qu’elle semblait porter la mangeait toute.

J’avais attendu la nuit sur le pont, pour attendre d’être délivrée de cette image que je croyais moi aussi renvoyer, le même visage dévoré par la tristesse et l’absence. A trois heures du matin, un homme est arrivé qui marchait drôlement. Cinq réverbères l’étreignaient et sa main à hauteur du cœur était repliée comme pour me supplier de voir toute sa nuit. C’est lui qui m’a délivrée ; il s’est dirigé vers le casino, je l’ai suivi. Il a joué longtemps, jusqu’à l’aube. Un sourire aux lèvres, il gagnait toujours. Il m’a regardée soudain et m’a dit : c’est comme à la roulette on mise on mise. Moments éperdus de reconnaissance lorsque l’on croit soudain aux miracles,  lorsque l’on croit  soudain avoir trouvé le même regard. Au creux de ces moments-là, j’ai toujours cru reconnaître Dieu : Dieu, le hasard interrompant l’entre-deux, Dieu, le soudain effroi du même regard ou du sourire. Dieu, le marin qui arrive au port d’Anvers et qui croise Dédée. Dieu, le Hollandais volant de Pandora. Dieu, que j’ai cru trouver un jour dans tes bras tendus vers le ciel. Nous avons joué toute la nuit côte à côte. Puis au matin, un matin que je sentais effrayant de douceur, il m’a dit il y a tout mais je ne pourrai pas aimer ton corps et bientôt tu me repousseras. Oublions-nous. L’Autre, le Sauveur. Communauté que j’ai perdue et dont je n’arrive pas à me remettre. Se remettre dans la bonne direction, seule, sans cette partie d’âme qui mesure chaque égarement.

C’était toute cette tristesse-là qui ne m’a pas quittée tandis qu’il dormait. A l’aube, son corps m’a cherchée et m’a attirée, m’a prise sans jeu sans émoi sans fièvre. J’ai mesuré dans mon ivresse encore pleine combien j’étais abandonnée et il a pris pour des pleurs de plaisir des larmes.

 

 

Tu me manques. Je suis restée sur le fauteuil jusqu’à trois heures du matin, hypnotisée par les images, étourdie d’elles. Tu m’as souvent dit que je prenais un plaisir pervers à me gorger d’images puis à les savourer, à les digérer, les ressasser, les faire miennes, même celles des autres. Cette nuit, les images de notre vie m’ont possédée. Chaque partie de mon corps y vivait, s’y animait. J’ai toujours pensé que j’étais semblable à un film photographique trop sensible, impressionnable et qui garde en mémoire chaque seconde de ce qu’il a vu ou senti. Ta mémoire d’éléphant, disais-tu lorsqu’elle devenait envahissante.

 

Les images : la maison semblait entourée de toutes parts par la mer, surtout la nuit, quand le silence hors son bruit nous la rendait presque palpable. En pleine nuit nous nous levions souvent pour aller nous baigner, avec des rires de gamins, courant deux mètres jusqu’à elle, nus, suivis par les chiens.

 

 

Parfois je retrouve des moments d’exaltation vraie, d’immense gaieté enfantine. J’adore la vie, baladée dans les rues par un soleil de printemps ou près de la Seine certaines nuits. Je suis soudain entière, prête à accueillir, prête à offrir. Je suis soudain entière, prête à accueillir, prête à offrir. Je suis alors envahie d’un sentiment de joie si intense qu’il est presque douloureux. Je crâne, évite les regards tout en les quémandant peut-être. Je suis assoiffée de vie, alors, et je repense à d’autres désirs plus doux, plus calmes, plus intenses peut-être, que je ne connais pas ou plus. Soudain, je me reconnais. Mon corps se surprend à ressentir un autre désir que celui trop cruel de l’entre-deux.

 

 

Je ne peux plus me rendre près de mon père sans frémir ; là-bas, je n’ai aucun moyen de fuir, nulle issue. La réalité me saute aux yeux (et cette image là-bas prend tout son sens dans ton corps). Ton corps me saute aux yeux. Plaie vive des moments passés ensemble où je me déteste d’être à ce point avare d’offrandes. Tes yeux gonflés par la cortisone reprennent les images de la vie, je les vois défiler ou surgir brutalement dans ton regard. Est-ce le même corps, ce jeune soldat qui partait pour la guerre d’Algérie, ignorant de la douleur, amoureux et rieur des jupes des femmes, cet homme que ma mère avait choisi pour sa beauté, cet homme trop vite vieilli et rongé par le cancer ? Ton corps soudain reprend toute la mémoire de tes yeux. La guerre immonde dont tu t’es réveillé  perclus de cauchemars des années, la guerre se poursuit là, contre un autre invisible qui se débat pour rester le vainqueur. J’emporte toujours les écrits de Joe Bousquet quand je pars te voir : le corps condamné à se gaver d’images. C’est mon seul lieu d’entre-deux, là-bas, le seul lieu où je puisse te rejoindre à ma manière sans jeter des mots qui ne font rien que trahir mon amour. En rentrant ce dimanche, j’ai appris que Dominique venait de mourir du sida. Son frère l’a étouffé avec un oreiller, pour en finir. Je reste longtemps recroquevillée sur le fauteuil : c’est le désir qui me sauve.

 

 

Alors j’ai pensé partir, prendre le train, vivre souvent dans ces lieux neutres où plus personne n’est vraiment, où l’on attend, où l’on est mieux transpercé, où l’on peut juste croiser. J’ai précipité les correspondances, essayé d’en rétablir, repris les mêmes chemins, écrit des phrases sur des cahiers que je chéris et déteste tout à la fois.

 

 

 

Il y a des sensations et des instants de notre vie, certains rires, certaines pleurs, qui sont impossibles à écrire. Certains mots d’amour qui appartiennent  au plus profond de mon être et qui se flétriraient à tout jamais si je les écrivais, si je les livrais, ne serait-ce qu’à mon regard. Si je composais seulement leurs lettres sur les touches, ce serait comme me mutiler. Je sens profondément que ces mots-là ont signé mon passage sur terre. Je me résume en eux en quelque sorte. Je ne suis rien d’autre que quelques mots. Ils mourront en moi. Peut-être cette seule phrase de Léo Ferré  «tu verses au plus profond de ma solitude cette joie triste d’être» parvient-elle à dire autrement ces gestes ces mots et ces rires que je ne peux désormais murmurer que dans les instants d’entre-deux.
Je me la murmure cette phrase ce soir en le voyant me regarder nue me caresser écoutant cette musique secrète.

 

 

Les êtres ne voient-ils que dans l’alarme ? Dans l’urgence ? Cette femme de Sarajevo qui m’a tant émue, ma sœur, comment était-elle avant ? Avant qu’elle ne se voie ? Avant qu’elle ne découvre l’urgence d’être ?

 

 

J’aimais les jours où tu me laissais seule quand tu partais travailler. J’avais toute une journée pour t’attendre, toute une journée pour me préciser dans la solitude. Lorsque la chaleur grimpait et devenait accablante, je me réfugiais dans le hamac sous le quenettier. Je me laissais prendre par la chaleur étale, doucereuse à rêver, par ce roulis constant, affolant de la mer, fidèlement reproduit nuit et jour, jour et nuit à confondre les galets, à les reprendre, les heurter, en meurtrir. Ce souffle accompagnait des journées sacrées d’abandon que tu ne brisais qu’à la nuit. J’entendais le bruit du moteur. Ces journées-là, ponctuées par ton retour, ne pourraient mieux s’entendre que par ce seul mot perdu : la grâce.

 

 

Finalement j’ai vécu mille guerres. Dans cette immense solitude où tu m’as laissée, je ne m’étais jamais vue. Alors, tous les jours, il faut que je trouve un moyen de me voir, et comment mieux se voir que dans les yeux d’un autre ? Et comment mieux se perdre que dans les moments d’entre-deux ? Je les bâtis sans cesse, dans les rues, dans le métro, mais il n’y a pas mille façons de partir.

 

 

Je ne suis pas sortie ce soir, je sors peu. J’essaie de me retrouver seule dans mes yeux. Les habitants de Sarajevo se suicident davantage maintenant que la trêve est arrivée. Oui, maintenant j’ai envie de disparaître depuis que j’ai repris mes marques. Quelles marques ? Cet homme qui me prend avec ma folie qu’il ne soupçonne même pas ou si mal, cet homme que je n’adore que lorsqu’il parvient à assez m’abstraire pour que je sois ailleurs, l’entre-deux, pour ne plus réapparaître dans cette ignoble retraite ? Ailleurs, je le hais et le méprise, pour son aveuglement, pour sa petitesse, son peu d’âme.

De part et d’autre de la voie,

Elle prend toujours le chemin le plus long

A se faire mal

Quoi d’autre ?

Rien que des rires qui fusent

De toutes parts

Et s’enflent, ils éclatent de rire

Et meurent très vite

La voie la plus droite, elle les voit

L’enfiler toujours.

 

 

 

Finalement, l’horrible joie de vivre m’a reprise. Les trains, les bus attendus longtemps un matin de printemps, le plaisir de marcher seule dans la forêt, la voix de mes petites sœurs au téléphone. C’est étrange comme surgit parfois la beauté. Une voix, un geste. L’ombre portée sur un visage, le démantèlement du cou qui le rend gracile, la voix tremblante de qui craint soudain, les arrivées sur le quai d’une gare et l’improbable miracle, la main posée sur son torse, cambrée, et dont les doigts cherchent les miens parfois en une impossible communion, des doigts qui serrent, qui enserrent, et l’autre main posée derrière le cou et qui se repose de l’autre trop tendue vers l’autre.

 

 

Renversée dans le premier jour de printemps, je laisse s’approcher les images. Le gros fauteuil rouge que nous avions trouvé dehors un soir d’hiver, tu sais , celui si profond qui garde prisonnier après l’amour, il m’accueille, seule.

 

Rue de Rennes, la foule m’a saoulée, comme ce soleil de printemps si doux, si chaud, si pénétrant qu’il a chauffé le velours. Dans le métro, la même horreur de l’abandon, abandon partout dans les yeux. J’ai aussi appelé Miguel ce matin. Tarbes, un hôpital comme tous les autres où je l’imagine cherchant désespérément la lumière et les mots, ces yeux si beaux si bleus qui ne voient plus. A la Fnac, la vendeuse arborant le ruban rouge. Papa, papa, cancer des poumons, cancer de la vie trop vite passée et qui déroule maintenant sur le mode de la peur les mots si laids qui font peur, qui sont si lourds, chi-moi-thé-ra-pie. C’est cette chimio qui t’a tué. Appuyée sur l’oreiller à l’hôpital je t’ai tenu la main pendant que tu dormais, en larmes, perdue. Toi aussi tu pars ? Toi aussi ? Mes jambes s’éprennent du soleil, je n’ai presque plus peur de les étendre nues dans la pièce trop lumineuse.

 

 

Il est venu hier soir, très tôt. J’avais mis ce petit pull bleu très court et j’étais belle pour l’attendre. La pièce respirait le désir et il a adoré me déshabiller vite, très vire, sauf le slip noir très beau, Ronsard, viens mignonne allons voir si la rose, allons voir si tu peux m’étendre dans l’absence juste pour que mon ses tremble de soumission, tremble, tremble, et devienne trop sensible.
J’ai peur de te montrer combien la vie aujourd’hui m’est insupportable, combien je jouis dans cette chambre abandonnée à une odeur de sueur où tous les morts et les fantômes se touchent. Il fait noir soudain. Seule ce soir sans pouvoir me moquer des ombres.

 

Même angle de vision, la nuit, je l’attends. Mon corps me fait mal, me tire de partout, j’essaie en vain d’étrangler la peur qui m’assaille, les rêves qui rebondissent mal dans le réel. Le velours ne parvient pas à m’apaiser même en le caressant. Tout devient ennemi. Je l’attends viens vite. J’ai presque l’impression de n’avoir pas quitté cette position depuis la veille, étendue là sur le rouge, dans le noir. Enfin il sonne. Son visage dans l’ombre et je m’étonne d’avoir pu encore attendre si longtemps. Il a laissé le Stabat Mater pour m’emporter. D’habitude il m’enlève au noir et là il m’y prolonge doucement. Infiniment. Je tremble tant de désir que je lui fais peur. Il y a une éternité, deux jours que je n’ai fait l’amour. Deux jours à ne plus savoir si j’existais ailleurs que dans cette infernale attente. Dans le noir, il défait doucement doucement ma robe ; sa lenteur me ferait presque m’évanouir, avant, avant même. C’est beau ma chérie, c’est beau.

 

 

Face à un homme que je désire et dont j’imagine en le voyant les caresses, je suis à chaque fois comme une petite fille, offerte, si affreusement naïve. Tout du passé et de l’avenir s’estompe, tout des peurs, même de la Grande Peur. Je n’existe plus que dans l’attente des regards renversés, j’existe soudain dans cette attente-là. Tu attends le Prince Charmant, dirait Catherine.

Non, j’attends ce qui me précipite vers un autre moi-même, toujours redécouvert, une autre image aperçue. C’est ainsi que je me suis construite, ainsi que je me suis vue pour la toute première fois. Au bord de la Sèvre, nous avions échangé un regard si chaviré que ce fut mon premier miroir. Seuls ces yeux-là m’intéressent, ces yeux d’entre-deux et de fin d’un monde, ces yeux perdus à oublier l’orbite creuse et à s’en rire. N’est-ce pas ainsi à chaque désir, chaque fois recommencée la première fois d’un jeu qu’on oublie qu’il soit d’échecs ? A chaque fois vierge d’un désir dont je me maudis d’être ainsi la proie.

 

 

J’ai toujours sur moi la plume de colibri que tu m’as offerte. Plume minuscule du plus petit oiseau du monde. Ce jour-là j’avais reçu la cassette de Miguel. «Carte postale de Suresnes, de Nanterre, de Sèvres, et autres hauts lieux de la banlieue parisienne. Bonjour Sarah bonjour. Je ne sais pas comment tu vas ici il pleut toujours. Il pleut c’est-à-dire il fait toujours beau. J’ai pensé à toi. Cela mis à part j’ai rien fait j’ai rien fait de mal j’ai pratiquement rien fait d’autre. J’ai beaucoup pensé à toi puis l’hiver est venu.»

Schumann

Aujourd’hui nous sommes le 7 janvier. Aujourd’hui tu m’as téléphoné. C’est terrible le téléphone. Je crois que je ne m’y habituerai jamais. C’est vraiment terrible. Je ne sais pas quoi dire devant un appareil comme ça. Je crains cet appareil parce que…

Schumann

Suresnes, 17 janvier au soir. Bonjour Sarah, ça fait très très longtemps que je ne t’ai pas parlé, que je ne t’ai pas écrit, depuis peut-être une semaine. Aujourd’hui c’est la guerre du Golfe, alors tu vois nous voici revenus au Moyen Âge. On croyait que l’humanité évoluait, qu’on allait dans le sens de…, j’allais dire de l’adultère si c’est devenir adulte, mais non on se tape sur la gueule pour des choses qui n’en valent pas la peine. Qu’est-ce que tu en penses ? J’ai écouté la radio toute la journée ; les commentaires sont navrants. La violence, ça les libère. C’est à devenir fou. Il ne pleut plus depuis longtemps, je crois que… Il ne pleut plus depuis que je t’ai parlé pour la dernière fois. Tu me manques beaucoup, beaucoup, même si je n’ai le temps de rien.

Schumann

Ce soir c’est le silence c’est incroyable. Il y a de temps en temps une voiture qui passe, de temps en temps un train, puis le silence. Un chat qui passe, des miaulements. C’est pourtant un calme non mortel, c’est un calme plat, un calme plein de silence. J’ai mis la radio tout bas.  Si…

Si tu étais là devant moi, je t’imagine très bien d’ailleurs, tu serais en train de sourire comme ça ironiquement, je t’imagine très bien en train de sourire… Bon… On va s’arrêter là…

Tu es bien loin, quelquefois tu es si près…

Je me demande si c’est nécessaire que je te dise que je pense beaucoup à toi, que tu me manques, que enfin que tout est pareil, comme quand tu es là, sauf que tu n’es pas là, sauf qu’il n’y a rien de physique, tu es loin, il faut que je t’imagine beaucoup plus que je ne t’imaginais avant. Avant c’était déjà un petit peu ça parce qu’on ne se voyait pas beaucoup. Mais maintenant c’est terrible.

Ce jour-là le colibri s’était écrasé sur la vitre tandis que nous roulions et que la musique de Schumann se jouait en sourdine.

 

 

Occuper le jour : retrouver dans le jour des moments d’entre-deux, des instants de communion qui aident après dans le noir. Avec Annie, nous allons au cimetière Montparnasse. Longer le grand mur austère, longtemps main dans la main, puis le porche. Tu te sens bien parmi les morts toi aussi ; tu vois, dit-elle, nous pourrions vivre dans ce moulin, tout au fond parmi les tombes ; il était plus émouvant avant qu’ils ne le refassent. Les allées trop fréquentées, trop fleuries, nous prenons les petits sentiers. Tu sais, Jacques m’a raconté qu’une femme vient tous les jours lire le journal à son mari, comme elle le faisait sans doute durant leur vie commune. Quelqu’un sanglote doucement près de la photo d’une jeune fille. Nous arrivons par hasard près de la tombe de Jacques Demy. Merci, dit Annie, merci pour Les Parapluies de Cherbourg, merci pour Lola. Je pense merci aussi pour Les Demoiselles de Rochefort, le temps pour moi de l’insouciance. Merci. Nous n’avions pas entendu sonner la cloche. J’ai aussi l’image de religieuses dans un couvent, appelées à la prière. J’ai failli rentrer au carmel lorsque je me suis rendu compte de mes  désirs. Il est trop tard mes sœurs, toujours trop tard.

 

Brocante à Marx-Dormoy. Annie et Isabelle m’ont fait la surprise de venir. J’adore vivre alors, ces moments où nous fouillons, où nous trouvons des vêtements assassins, des objets étranges. S’habiller de rien, faire la nique aux images véhiculées des magazines et de la beauté. Toutes les trois, à nos trois âges différents, nous sommes superbes parce que nous inventons tout de nous-mêmes. Ce que nous ne payons pas comme les autres en argent comptant, nous le payons très cher en désarroi parfois sauf quand nous rencontrons le même regard. Et moi je t’ai perdu. Je sais que j’effraie les hommes. Je suis trop pour un homme.

 

 

Ces instants de douceur où la vie prend une teinte d’aurore muette, lorsque après l’amour s’installait cette douceur intenable, l’intenable à ne plus pouvoir te le dire autrement qu’en léchant tes pleurs. Caresses après au corps éperdues de lenteur, murmurées sans le secours d’un mot les images du monde, reprises par la fenêtre entrouverte sur la clarté ou la nuit du dehors. Mon amour, la vie s’encombre de trop d’instants ailleurs que ceux-là qui me donnaient un vertige d’éternité.
La nuit, froide, lente, descend sur moi presque nue à veiller les étoiles. Affolées par le vent, les feuilles s’éparpillent à terre, vierges, ou parsemées de quelques mots bien impuissants à rivaliser avec une possession qui me conduit pas à pas, étoile après étoile, à habiter l’entre-deux. Se lèvent lentement des images avec une douceur si grande que j’en ai mal. Ma main dépasse légèrement du lit : abandonnée, je m’envole avec tes anges sur un tapis de larmes.

 

 

Je finis la bouteille de champagne que Janine a apportée pour son anniversaire. Changement d’heure, le jour s’éteindra plus tard, peut-être plus de soleil. Adolescente j’en avais horreur jusqu’à m’enfermer les jours où il ne pleuvait pas, dans la petite chambre sous les combles, là-haut, la toute petite fenêtre. Où faut-il que je regarde pour trouver la cassure ? Cette fenêtre trop étroite pour embrasser d’un coup la réalité ? Ce parc si bien entouré de murs qu’il ne pouvait laisser pénétrer les regards ? Monde en dehors du monde qui m’a semblé très vite étouffant, dont je ne savais m’enfuir qu’en lisant avec voracité, goulûment, et surtout les poètes : je connaissais par cœur Baudelaire, Rimbaud, Char, Aragon, Eluard, le Livre d’or de la poésie contemporaine ne me quittait pas. Au bac, j’avais eu 19 en français et j’avais pris un plaisir d’effroi à citer là ceux qui m’accompagnaient quotidiennement et auxquels j’avais décidé dans ma naïveté de ressembler. Il y a quelque temps, rue Quincampoix, dans un restaurant tenu par des Algériens exilés, je me suis souvenu de cette strophe de Jean Amrouche que j’avais citée dans ma copie et qui est toujours soulignée dans mon livre dont les pages désormais se détachent.

«Mais on peut affamer les corps

on peut battre les volontés

mater la fierté la plus dure sur l’enclume du mépris

on ne peut assécher les sources profondes

où l’âme orpheline par mille radicelles invisibles suce le lait de la liberté.»

 

Le jour décline ; tu m’avais appris à rayonner, à aimer la clarté, le soleil. Maintenant, je me sens de nouveau enfermée dans cette petite chambre, plaisirs solitaires, lectures déprises. Plus une goutte de champagne pour l’attendre.

 

Sans doute

L’après

Existera-t-il

Mais cette corde tendue invisible

Entre deux temps deux lieux deux corps

Ma soif de baiser l’infini

Tout l’inconfort à ce prix

Payé cher pour vivre ailleurs

Conquérir un calme

Ivre de douceur

Je ne peux aimer que les temps

D’entre-deux

 

 

 

Ce matin-là nous étions partis à Saint-Pierre, ma ville chérie, ville de  ruines, une Pompéi habitée. La route, route sinueuse qui s’étire entre les montagnes et la mer, route de L’Imprévu, du zoo Amazona où j’aimais aller voir les fauves qui s’ébattent lamentablement derrière les grilles. Une dame lors de nos nombreuses visites s’était écriée pauvres bêtes en tenant son enfant en laisse.

J’aimais y retrouver le gardien : il ressemblait tant à Louis Ferdinand Céline que je me l’imaginais ressuscité ; en avait aussi tous les tics, le langage de La Mort à crédit, l’outrance non feinte et le regard perçant. Dites moi est-il toujours là-bas ?

 

La route sur laquelle tu m’emmènes, sur laquelle tu te ris de mes peurs, moi qui suis incapable de conduire, je me crois au cinéma, écran à droite écran à gauche, pièges où je perds pied. Toi, tu la possèdes, et j’aime te voir prendre les virages. Saint-Pierre, petit café en face du théâtre, ruines envahies par les herbes. Rien d’autre qu’une voix agaçant le silence, tu commandes deux Chrony. Nous nous installions toujours à la même table, celle près de la fenêtre. Des silhouettes se découpaient dehors, freinaient l’élan du soleil, corps irradiés. J’aimais les voir ainsi, broyées par le soleil, ne dérangeant pas le silence.

 

En rentrant, tant cette ville me manquait, j’avais acheté tous les livres où il est question d’elle. La Caldeira, Une nuit d’orgie à Saint Pierre Martinique.  Je voulais demeurer en elle, y vivre même par procuration, y courir à perdre haleine lors de l’éruption, y jouir, y pleurer, y mourir.

Cette ville me hante toujours aujourd’hui alors que j’écris ; c’est une ville magique et nulle mieux qu’elle ne rassemble le temps. Lorsque tu es parti, j’ai pensé y fuir, comme on s’installe à la lisière de la vie et de la mort, comme on se balade dans un cimetière main dans la main. Je désirais tant retrouver sa torpeur particulière et m’y fondre.
En mai de cette année de Saint-Pierre, je lisais Au-dessous du volcan, et peut-être la torpeur délétère du livre m’avait-elle livrée pieds et poings liés à la ville. Sur la route du retour ce matin-là un camion avait surgi on ne sait d’où, peut-être de la réalité à laquelle nous faisions sans cesse la nique, peut-être de la vraie vie que chacun à notre manière nous haïssons.

 

«Mais le soleil fait tourner la peine en poison, et le corps radieux n’est qu’une dérision pour un cœur mal en point.»

 

 

Dans la cuisine, il y avait toujours des anolis pendus au plafond, près des bouteilles de rhum, tu sais, sur l’étagère, la collection qui s’agrandissait au fur et à mesure des visites et qui est vite devenue envahissante. Il y avait aussi des araignées dans la pièce où tu peignais. Sur l’hibiscus que tu avais planté, des colibris venaient sans cesse plus nombreux butiner ; je les observais depuis la terrasse, on y voyait la cour en plongée, un monde miniature qui était notre monde, le monde. Et puis Tinguy. Un jour de janvier, elle avait mis bas treize chiots. Tu l’avais regardée avec horreur lécher les petites boules de poil qui sortaient de son ventre pendant que la radio diffusait les rafales de la guerre du Golfe.

 

2 avril. Je ne sais pourquoi j’éprouve le besoin d’écrire cette date, sans doute parce que j’avais l’impression de ne plus faire partie du temps, encore moins de l’espace qui se réduit désormais à mon  crâne où se mélangent les images et les signes. A midi, il est parti en me regardant d’un air hautain.

 

 

 

Souvent, surtout les jours de pluie, je m’écarte un peu plus du monde, du dehors. Le monde et le dehors sont d’ailleurs dans ma tête deux entités différentes. En pensant au monde, j’ai comme un étourdissement de ces millions de vies défaites refaites mort-nées mais en même temps un immense sentiment d’amour. Dehors, c’est le quotidien que j’excècre, dont je me libère comme je peux, c’est-à-dire mal, c’est le mal dont je délibère en rond. C’est le dehors qui tourne en rond, et non le monde, non la Terre.

Les jours de pluie, je me prépare à être affreusement belle, et je me goûte devant le miroir. Souvent je ne me reconnais pas mais il en a toujours été ainsi. Comment puis-je être si handicapée comment puis-je m’handicaper sous des apparences aussi précises ? Dehors, ces jours-là, certains parviennent à s’accommoder de leur reflet dans les glaces, ont leur place, leur exacte place, leurs amours exactes, leurs désirs à heure exacte, leur enfant à heure dite. La seule délivrance, ces jours-là, c’est de savourer le luxe d’être en dehors du dehors, de prétendre à l’ailleurs, ne serait-ce même qu’en me regardant trop et mal. Tu étais là pour me délivrer d’une image dont je ne sais que faire en en sortant comme un magicien d’autres de ton chapeau. Tu étais là pour me délivrer d’une image dont je ne sais que faire en en sortant comme un magicien d’autres de ton chapeau. Tu étais là pour les apprivoiser, les détourner.  Là, toute seule  face à ton regard je tente en vain de traverser le miroir et j’en joue, à défaut de savoir trouver l’exacte ressemblance entre…

 

 

Vendredi soir il est venu et nous avons bu ensemble, bu jusqu’à dire des mots de trop, des phrases entières inutiles et hallucinées. L’amour aussi était plus délicat ainsi partagée l’absence. Il voyait un peu ce que voulait mon regard et sentait mieux peut-être à quel point j’avais besoin de m’exiler du dehors et du passé. M’exiler là, dans cette chambre ouverte sur la nuit et sur le froid d’elle qui y était entré. Avec le vin, c’était une sensation bénie de devoir se fondre sous les draps, de trouver le corps de l’autre, de fuir le froid trop bien installé dans nos âmes, nos âmes peut-être soudain qui se cherchaient avec avidité. Là, dans cette lumière froide que les draps rendaient bleue, son corps se découpait plus noir encore et j’aimais son excitation rendue plus douce par l’alcool pour ne sentir de mon corps que les contours, contours mille fois dessinés sur cette nuit dans la lumière bleue douce douce, peut-être comme une overdose d’un entre-deux partagé.

 

Je voue un culte à certains visages, certains êtres ; c’est une manière de religion. Ils m’aident souvent à construire sans aucune autre présence des instants inouïs, des instants bénis. Barbara en fait partie. Ses chansons sont gaies ou tristes une forme de prière ou d’exaltation belles. Souvent, je mets l’un de ses disques avant de dormir. Ma préférée, Vienne. Mais il y a aussi tellement de ses mots dans ma tête que j’en suis parfois étourdie. C’est bientôt la nuit, gueule de nuit.

 

Sa manière de sucer son doigt après m’avoir caressée me met dans une excitation indescriptible. Peut-être attend-on un être juste parce que l’on aime ce geste-là.

 

Octobre. Il caresse doucement le pantalon de cuir comme s’il s’agissait de ma peau. Doucement, des pieds à l’entrejambe. Remonte mon corsage pour trouver mes seins qu’il caresse tour à tour avant de les embrasser. Mon désir ce soir m’apparaît détestable, détestable ce jour qui ne m’a donné que cet instant-là pour m’abstraire. J’en arrive parfois à me haïr.

 

 

Je laisse pousser mes cheveux long, très long, loin, très loin. Je suis partie pour une aventure dangereuse  parce que je ne sais pas vivre autrement. Je mets toujours tout dans la balance, tout, jusqu’à ma tête. Ce jour Schubert, Octet.

 

Soleil de février. Incapable d’affronter les yeux des autres, je pars me balader seule au parc. Je vois des signes partout. A l’entrée du parc, un papier : «C’est terrible d’être seul.» Plus loin, un enfant a  abandonné l’un  de ces horribles jouets dragons qui sortent la langue. J’ai le vertige. Même les arbres ont du mal à me rassurer aujourd’hui. Je m’adosse à l’un d’eux tout contre au soleil.

 

 

 

L’amour, le désir, j’ai toujours été incapable de m’en protéger. Je vais toujours vers le pire, vers ce que je sais ne pas me ressembler, vers ce qui peut me toucher au plus profond, à me faire mal, m’enfoncer, me nuire.
Cette fois je suis allée vers ce qui ne peut même comprendre mes mots, comme si je n’étais qu’un corps, comme si de moi ne pouvait s’exprimer que le corps. Désormais, j’habite l’entre-deux, privée de mots, ne suis que mes mains, ma bouche, mon regard peut-être qui en dit trop et que je sais me trahir.

Cette nuit, couchée près de lui, sa peau noire trop profonde dont j’adore l’odeur – les nuits précédentes j’ai dormi enroulée dans son pyjama qu’il avait laissé, oublié ? – la radio a diffusé Avec le temps.

Il dormait, enroulé contre moi. Pleurs soudaines, pleurs soudain dont il n’a su me protéger qu’en adoptant le seul langage qui nous lie, mais sauvagement, brutalement. Je crois que tu ne sauras jamais où se trouve ton image parmi celles que tu as rêvées, un jour. J’aime ton cul, ton sexe, ta peau. Tu te réveilles ensuite affolée par le désir auquel tu t’es tant abandonnée. Tu te réveilles mordue par la peur. C’était sans doute cela ton grand rire de l’autre nuit ; c’était la première fois qu’une femme près de moi se réveillait en riant de son rêve. C’était sans doute cela. Peut-être avais-tu vu pour la première fois la mort. Tu es venue vers moi et je t’ai prise comme on adopte trop vite un animal blessé affamé de caresses. Don’t worry,  the death never play with nobody, she just comes suddenly, but life has your face. And you are so beautiful.

 

 

 

Exécuter la douleur qui m’a prise lorsque j’ai vu ta mort.  Dans mon entre-deux elle n’avait jamais eu de visage même si je la nargue chaque jour en vivant vite et mal. Ta mort, ta mort… Chapelle mortuaire un matin d’avril. Porte ouvrant trop bien, porte moderne pour découvrir les lieux modernes de la mort, l’homme à la porte me prenant le bras d’un air protecteur. Dans ma tête une rengaine ridicule il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai. Et le drap remonté jusqu’en haut, laissant découvrir ton visage seul. Les lèvres minces maintenant me font horreur, toujours ton visage dans ma tête, ta tête dans leurs lèvres serrées après. Je te prends la main à laquelle je ne parviens pas à enfiler une bague, la dureté de ta main.

Je retiens ma douleur, des cris de bête qui cognent dans mon ventre, des cris de peur, des cris de folle tout près de ma bouche de tes lèvres, de tes lèvres serrées qui comprennent un dernier regard, les mots que tu ne m’as jamais dits.

 

Aimer peut-être, ce mot-là si plein auquel je ne sais plus donner de sens et qui m’a envahie en cet instant. Tout mon corps pénétré du verbe aimer et qui ne peut s’arracher à l’ombre du tien dont les lèvres serrées me renvoyaient à l’absence.

 

 

 

Depuis ce jour-là, chapelle mortuaire n°2 hôpital de Cholet, je reprends les instants où le verbe aimer m’a envahie, aimer que je ne peux concevoir qu’en étant tremblante et c’est le corps toujours qui donne l’alarme, aimer qui prend aux jambes et qui remonte jusqu’en haut, les yeux peut-être ?

 

Taxi rue de Rome, vingt ans, et le désir au ventre, les soirées au Poly Magoo, pleurer du manque de l’autre en hurler, déjà cette sensation si souvent éprouvée, goûtée, enivrement joie dégoût méprise reprise enfin les draps.

 

 

J’ai assez vu mais je n’en ai jamais assez. Sur fond d’amour trop demandé, trop attendu, trop exécré peut-être. Un entre-deux inacceptable, trop d’attente, trop d’attentes. Tu as déjà tellement attendu m’a dit mon amour un jour. Toujours écartelée entre deux images et tu me mettais un amour au dessus. Tu vois au-dessus ton image c’est celle que je vois sur mes yeux et que tu ne vois pas.

Je ne sais plus où en est mon image, dans toutes celles que l’on voit dans la tête et dans les yeux d’un autre et je n’ai jamais retrouvé cette communauté dont parle Blanchot, cet amour où tout se joint, tout s’achève, même le plus fou, le plus noir, le plus abject.

 

Et je me murmure ce soir qu’il est temps enfin d’en finir, pour atteindre enfin à une image immobile, où rien ne vient plus de la souffrance, où rien ne fait plus jouir, le rien que j’ai toujours refusé toute ma vie.

 

 

L’image enfin immobile, figée dans un impossible déjà bu de la mort.