JE VEUX FINIR DANS UN TAXI CO

DSC_0825Et puis et puis et puis

Dans un taxi co aux Antilles tu prends tous les corps en plein dans la figure, parce que la sueur les fait exister comme décuplés

Dès l’arrivée à l’aéroport on se dédouble, on se liquéfie, on se sent

Et ce sera ma dernière grande expérience, je ne désire rien d’autre
Que de mourir là-bas

Et puis et puis et puis

Dans un Taxi co
Il y a tous les virages

Qui les font se ployer vers toi

C’est là-bas que j’ai passé mon permis de conduire et à chaque virage le gentil examinateur me mettait la main sur la cuisse

Et je l’ai eu tout de suite
Oui c’est dans le tournant que je l’ai eu

Et puis et puis et puis

À fort de France dans les années 1990

Il y avait toujours une petite librairie qui présentait les ouvrages de la négritude comme si on était encore dans les années 1950

Et c’est là dans une anse des Salines

Que j’ai vu les plus beaux êtres du monde
(je me suis dit : une telle absolue beauté c’est impossible !)

Et comme je l’ai déjà dit

Cela leur était bien égal

D’exister ailleurs que là
À cet instant T
En dehors de toute figuration

Contrairement à ces petits avocats véreux
Ces petits journaleux pouilleux
Ces petits procureurs baveux

Aujourd’hui à Paris, j’ai pris un bus

Il y avait moins de monde que dans un taxi co

Et pourtant les corps étaient gênants, se gênaient

Et dans le tournant de Bellefontaine
Dans son four à pain

Le boulanger me disait : « la Blanche elle veut sa baguette »

Et à la fin il me disait « tu veux ta baguette doudou chou ? »
Et j’étais si fière

Alors dans mon absolue naïveté je reprenais le tournant de Bellefontaine jusqu’à Fond Capot heureuse jusqu’à la fin des temps, la baguette chaude

Sans savoir que des années plus tard une paralytique allait mourir dans le tournant d’un ascenseur

Et que soudain l’antre noir d’un appartement devenu l’enfer allait devenir un four à corps

Et son sourire vers moi me suit
Quand elle s’est retournée ce jour-là
Avant de mourir dans une tour sans
Prendre le bon tournant

La porte s’ouvre la porte se ferme
Moi je l’ai ouverte de force
Pour partir en hurlant de là
Mais toi ton corps scotché
T’a condamnée

Depuis je te protège de ma bonté
Et je voudrais qu’un jour
Il te soit rendu grâce
Car on t’a sacrifiée
À l’autel d’essais
Auxquels je suis aussi destinée

Au même étage nous étions toutes deux sacrifiées
Au grand Dieu de l’affairisme

Dont nous n’avons rien affaire

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